Les jeunes, l’information et Internet : un défi pour les enseignants

Publié le 27 janvier 2012 dans Ressources

Trou­ver de l’information à l’ère d’Internet, quoi de plus facile ! oui, mais celle-ci est-elle valide ? D’où vient-elle ? Qui l’a pro­duite ? Quand ? Com­ment ? Quelle est sa cible véri­table ?
Constat : ces ques­tions, les élèves, sauf appren­tis­sage, ne se les posent pas.

Des jeunes travaillent sur des ordinateurs

Sur Inter­net savoir cher­cher et vali­der ce que l’on trouve est essentiel.

« Les ados gobent l’info sur le web trop faci­le­ment » titrait en sep­tembre 2011, le site qué­bé­cois Canoë qui s’intéressait à une étude de Demos (orga­ni­sa­tion bri­tan­nique spé­cia­li­sée dans les études publiques) qui conclut que, pour les jeunes, la fron­tière entre fic­tion et réa­lité est bien floue. Ce docu­ment, qui repose sur l’analyse de 17 études réa­li­sées entre 2005 et 2010 auprès de 500 ensei­gnants du Royaume uni, indique qu’un quart des jeunes de 12 à 18 ans ne font aucune véri­fi­ca­tion sur les infor­ma­tions qu’ils ont obte­nues sur Inter­net. Moins de 10 % d’entre eux se posent la ques­tion de l’origine du site. De plus, si le design leur plaît, les infor­ma­tions sont de qua­lité ! Les jeunes qui, selon l’étude Fré­quence écoles, publiée en 2010, avaient, pour 74,4 % d’entre eux, recours à Inter­net pour leur tra­vail sco­laire — chiffre qui a cer­tai­ne­ment dû aug­men­ter depuis — sont donc vul­né­rables « à la dés­in­for­ma­tion et aux théo­ries du complot ».

Google plus « copier-coller »

Dans la revue en ligne «Regard sur le numé­rique» le maître de confé­rence Jean-Noël Lafargue s’interroge même sur le fait de savoir s’il ne fau­drait pas nom­mer ces jeunes des « digi­tal naïves » plu­tôt que des « digi­tal natives ».
De nom­breux ensei­gnants ou docu­men­ta­listes le déplorent ; pour leurs recherches, les élèves posent la ques­tion sur Google, leur porte d’entrée sur le Web et « copient-collent » ce qui leur convient. Une démarche qui pose pro­blème dans son ensemble.
Plus encore, il est par­fois même dif­fi­cile de faire admettre à un élève qu’il a tort en cas d’erreur mani­feste. L’auteur de « Goo­gle­li­sa­tion et sens cri­tique » cite l’exemple d’un jeune pour qui Jacques Car­tier était parti vers l’Amérique pour écou­ler la pro­duc­tion de montres de l’usine pater­nelle pour mettre en évidence l’absence totale d’analyse et de cri­tique vis-à-vis d’une infor­ma­tion.
Devant des réponses qua­si­ment ins­tan­ta­nées, quel besoin y a-t-il de mémo­ri­ser, d’apprendre ? Dans « Qu’est-ce qui ne va pas dans le fait que Google donne ins­tan­ta­né­ment la réponse à ma ques­tion ? », paru sur Edu­ca­vox, le professeur-documentaliste Jean-Paul Jac­quel incite des ensei­gnants à poser des ques­tions com­plexes. Il s’agit pour lui de : « Sti­mu­ler l’intelligence et la réflexion, nour­rir et encou­ra­ger la curio­sité, mettre en place les condi­tions d’un appren­tis­sage auto­nome qui devra durer une vie entière en s’adaptant aux muta­tions des tech­no­lo­gies du savoir ? »

Dans une enquête réa­li­sée en ligne par le site de L’étudiant en 2010, Carole Jaillet, professeure-documentaliste, estime que l’élève cherche l’info, en trouve, mais ne la lit pas.
Jackie Pou­zin, pro­fes­seur d’histoire géo­gra­phie abonde dans ce sens («Des élèves de plus en plus connec­tés» paru dans La Croix, (sep­tembre 2011) : « Aujourd’hui, ils sont beau­coup plus auto­nomes dans leur recherche docu­men­taire. Celle-ci est même deve­nue une sorte de jeu pour cer­tains qui se contentent de trou­ver l’information sans prendre le temps de la lire ». Et il conseille à ses col­lègues de deman­der aux élèves de « répondre pré­ci­sé­ment sur les recherches effec­tuées, en citant ses sources ».
Rele­ver le défi de la for­ma­tion
Dans « La for­ma­tion à l’attention des jeunes géné­ra­tions» paru sur son site “guide des égarés Oli­vier Le Deuff (1) ( maître de confé­rences à l’Université de Bor­deaux 3, à l’iut GIDO et au labo­ra­toire MICA) s’intéresse met en rela­tion cette non-lecture de l’information trou­vée avec la pra­tique du zap­ping et le manque de concen­tra­tion. Il sou­ligne : «C’est jus­te­ment cette inca­pa­cité à se concen­trer sur un objet, à se poser pour lire qui fait des nou­velles géné­ra­tions, des géné­ra­tions négli­gentes.«
Dans un second texte qui pro­longe le pre­mier, il s’intéresse de plus près à ce phé­no­mène et classe les négli­gences en trois caté­go­ries :
– « la Non-lecture d’informations et de consignes col­lec­tives ;
– les lec­tures limi­tées ;
– le refus de l’effort et le manque de métho­do­lo­gie ».
Négli­gences dont les inci­dences vont bien au-delà des lieux de for­ma­tion :
– « mécon­nais­sance d’un sujet (Incons­cience du besoin d’information) ;
– confiance accor­dée à l’ensemble des docu­ments ou au contraire doute sur l’ensemble des docu­ments du fait d’une faible capa­cité d’évaluation de l’information ;
– pro­pa­ga­tion de rumeurs sans véri­fi­ca­tion des sources ;
– croyance en des théo­ries ‘miracles’ qui veulent tout expli­quer. (théo­ries du com­plot) ;
– méfiance vis-à-vis de l’institution qui est per­çue comme un lieu de sur­veillance et qui pos­sède des infor­ma­tions qu’elle ne dévoile pas au grand public. »
Les ensei­gnants ont donc un com­bat à mener et on se situe en plein cœur de l’éducation aux médias : apprendre aux jeunes à avoir un sens cri­tique face à ce qu’ils trouvent sur Inter­net ; leur faire prendre conscience qu’il faut savoir trier les don­nées trou­vées. Et les récentes évolu­tions du moteur de recherche phare, Google,  qui per­son­na­lise les résul­tats depuis 2009 (sto­ckage des his­to­riques des inter­nautes)  et vient d’y inclure ceux issus de votre réseau social (2) le rendent encore plus indis­pen­sables.
Ils ont aussi à rele­ver un triple défi :
– redon­ner de la curio­sité, l’envie de cher­cher plus loin ;
– mettre en évidence et faire acqué­rir les fon­da­men­taux de l’esprit cri­tique : recou­per les infor­ma­tions, cher­cher, repé­rer les éven­tuelles contra­dic­tions ;
– faire com­prendre que bien sur­fer, savoir trou­ver des infor­ma­tions n’est pas inné et doit s’apprendre.
À suivre, une deuxième par­tie : vali­der l’info sur Inter­net, outils pédagogiques.

1) Oli­vier Le Deuff est l’auteur de «La for­ma­tion aux cultures numé­riques » Une nou­velle péda­go­gie pour une culture de l’information à l’heure du numé­rique (FYP Éditions).

2) à ce sujet vous pou­vez lire : «Com­ment Google a cassé Google».

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