Promouvoir la lecture en Europe

Tribune de Mme Androulla Vassiliou, Commissaire européenne chargée de l’éducation, de la culture, du multilinguisme et de la jeunesse.

La nouvelle stratégie de l’Union européenne «Europe 2020» fixe des objectifs clairs aux fins d’une croissance européenne intelligente, inclusive et durable, auxquels il est indispensable d’associer les jeunes.

Pour libérer pleinement leur potentiel et remédier aux écarts de qualifications et de compétences constatés en Europe, il est primordial d’assurer aux jeunes un enseignement et une formation de qualité, une bonne intégration sur le marché du travail et davantage de possibilités de suivre des études ou des formations à l’étranger.

À l’heure actuelle dans l’Union, près de 80 millions d’adultes, soit un tiers des travailleurs, sont peu ou pas qualifiés et la dernière enquête PISA (programme international pour le suivi des acquis des élèves -1-) sur les performances éducatives indique que 20 % de nos enfants de quinze ans lisent avec difficulté.

Les études européennes montrent que le nombre d’emplois qui nécessitent un niveau de qualification élevé augmentera de seize millions d’ici la fin de la décennie. Pendant la même période, douze millions d’emplois accessibles aux personnes peu qualifiés disparaîtront. En raison de l’allongement de la durée de la vie active, il sera d’autant plus nécessaire d’acquérir et de développer de nouvelles compétences tout au long de notre vie.

Nous devons impérativement travailler ensemble pour relever un tel défi et c’est la raison pour laquelle je crée, cette semaine, un groupe d’experts de haut niveau sur la lutte contre l’illettrisme dans le cadre de l’initiative «Jeunesse en mouvement» de la Commission européenne.

Je suis ravie que la Princesse Laurentien des Pays-Bas ait accepté de présider le groupe d’experts sur ma demande. La Princesse est engagée depuis longtemps dans la lutte contre l’illettrisme; elle œuvre en qualité d’envoyée spéciale de l’Unesco pour l’alphabétisation au service du développement et elle préside aussi la fondation néerlandaise Lire & Écrire.

Le groupe a pour mandat d’étudier les méthodes les plus efficaces pour soutenir la lecture dans le contexte de l’éducation et de la formation tout au long de la vie, de cerner les facteurs de réussite communs des programmes en faveur de la lecture et des initiatives prises en la matière, et de proposer des mesures pour réduire l’illettrisme chez les élèves comme chez les adultes. Le travail du groupe mettra en relief les enjeux sociaux, économiques et éducatifs que représente l’aptitude à lire au XXIe siècle.

La dernière enquête PISA de l’Organisation de coopération et de développement économiques souligne l’ampleur de la tâche. Bien que nous soyons parvenus à diminuer le nombre d’élèves de quinze ans ayant des difficultés à lire dans l’Union, les évolutions constatées divergent sensiblement selon les États membres: le pourcentage de jeunes en difficulté varie de moins de 10 % à plus de 40 %. Le retard, que les élèves dont les compétences en lecture et écriture se situent sous la moyenne affichent par rapport aux élèves au-dessus de la moyenne, équivaut à plus d’une année scolaire. Le retard des garçons par rapport aux filles se creuse.

Pendant ce temps, des pays non européens enregistrent des progrès bien plus rapides que les nôtres, notamment en Asie. J’ai l’intention d’inviter tous les États membres de l’Union à redoubler d’efforts pour atteindre l’objectif fixé par les ministres de l’éducation, qui est de réduire la proportion d’élèves en difficulté dans les domaines de la lecture, du calcul et des sciences de 20 % actuellement à moins de 15 % en 2020.

J’espère que le travail du groupe d’experts de haut niveau donnera plus de publicité et d’importance politique au rôle crucial de la lecture dans la société de la connaissance. Les États membres de l’Union ne manquent pas de bonnes pratiques, mais nous devons approfondir notre action pour qu’ils aient l’occasion d’en tirer les leçons et de les appliquer.

L’Europe doit agir maintenant si nous voulons atteindre nos objectifs pour 2020. Nous n’avons plus de temps à perdre. Le groupe d’experts de haut niveau publiera ses propositions à la mi 2012.

1) Le classement Pisa est publié depuis l’an 2000, tous les trois ans, par l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE). Il évalue le niveau des élèves âgés de 15 ans dans le monde. Les résultats de 2009 ont été publiés en décembre dernier. Ici la synthèse.