Voyage interactif au cœur de l’info

Le webdocumentaire, raccourci webdoc ou webdocu est un nouveau genre journalistique au contenu multimédia, apparu en 2007. Conçu pour le web, il est diffusé en ligne, possède un nom de domaine et une url.

Le webdocumentaire exploite les capacités techniques et créatives du web. Œuvre multimédia à part entière (agrégation de contenus multimédias (photos, textes, illustrations vidéo, bande son, animation typographique, diaporama commenté, carte interactive…), il est présenté via une interface liée par le récit d’un auteur. Souvent création originale, il peut aussi s’appuyer sur du matériel préexistant, alors utilisé comme des archives. La narration exploite les interfaces des sites et des jeux vidéo.  La  bande son est primordiale ; l’ambiance qu’elle crée permet de donner de la profondeur aux images, qui sont souvent fixes. Comme le documentaire, il propose une représentation du monde.

Grâce à l’interactivité, le spectateur organise la narration comme il le désire. Il dispose d’un accès permanent à la liste des chapitres. La lecture n’est pas linéaire, la durée variable. Il est possible de revenir sur certains points, de visionner en plusieurs fois. Pour Rodolphe Heigel, concepteur/réalisateur multimédia : « De ce fait, le webdoc se rapproche un peu du Livre, avec lequel il partage ce rapport privilégié avec le spectateur. »

Le webdocumentaire n’est pas figé, accompagné de forums, commentaires, votes, pétitions, il suscite  commentaires, réactions à chaud,  travaux de réflexion. Qui peuvent ensuite venir l’enrichir.
Ce statut d’œuvre hybride offre de belles perspectives quant au devenir du travail des journalistes. Olivier Crou, dans un article intitulé «Qu’est ce que le webdocumentaire » le définit ainsi : « Par sa nature même, il permet d’agréger, de structurer, de hiérarchiser, de concaténer l’information, tenue par un fil conducteur : le récit interactif ».
Et, plus loin: « Comme pour le documentaire, le webdocumentaire possède un thème principal, des thèmes sous-jacents ou secondaires ; il est utilisé au service d’un (ou plusieurs) point(s) de vue documenté(s), ce point de vue étant l’affirmation d’un regard sur le monde ; il offre un (ou plusieurs) récit(s) avec une forme narrative qui lui est propre ; sa forme, son fond et  ses fonctionnalités nous proposent une représentation du monde nous permettant d’appréhender la réalité ; il fait travailler l’imaginaire de son spectateur/internaute.
Pour l’internaute, tout comme un site d’information, un webdocumentaire doit répondre à quatre critères :
–        utilité ;
–        facilité ;
–        confort d’utilisation ;
–        confiance. »

Thanatorama en 2007, Gaza/sderot en 2008 , Voyage au bout du charbon (2008) Prison Valley (2010) sont des productions qui font date. Ce dernier a d’ailleurs démocratisé le genre.
La France est un pays leader dans le domaine et les productions qui se multiplient sont souvent diffusées sur des plateformes dédiées (Arte, le Monde.fr). Un site, animé par deux journalistes Louis Villers et Alexis Sarini lui est consacré.

Un format adopté par la PQR

Les DNA ont été le premier journal a publier un webdocumentaire, en décembre 2008 : « La maraude à l’écoute des sans-abris». Pour  la presse quotidienne régionale, images et son permettent de compléter le traitement de l’information, de traiter de sujets locaux qui ont un intérêt général, de retranscrire des propos sans voyeurisme. Il peut  aussi permettre de rajeunir le lectorat, comme le souligne sur Journalismes info Mickaël Brunner, journaliste multimédia du site de La République du Centre et auteur des « Travailleurs de la Loire» : « Le webdocumentaire est une forme de journalisme qui peut intéresser les jeunes qui font partie d’une génération qui a grandi avec les ordinateurs et Internet ».
Ce format éditorial a été adopté très rapidement « avec envie et enthousiasme ». Les réflexes web font désormais partie du quotidien des rédactions qui y voient l’occasion d’expérimenter, d’évoluer dans leur écriture, de travailler la forme pour valoriser le fond.

Dans un billet intitulé « 2011 année du webdocu en presse régionale ? » , Erwann Gaucher  écrit : « La capacité du journal à produire un site spécifique, à penser une nouvelle ergonomie de navigation sera sans doute l’une des clés de la réussite de ce nouveau format en presse régionale. Une bonne façon de faire enfin travailler étroitement informaticiens, développeurs, graphistes et journalistes ? » (1)

Webdocu et éducation aux médias

Le CDDP du Tarn et Garonne a publié en février 2011 une carte mentale dédiée à l’étude du webdocumentaire à l’école. Une partie est dédiée aux caractéristiques du genre.

La partie « usages » fournit des pistes pour l’exploiter  en classe elle s’appuie, entre autres » sur la version 2011 d’ « Éduquer aux médias, ça s’apprend ? ». On y trouve aussi des ressources pour en créer un.

1) À lire aussi  sur le même site, «  Quand la PQR se lance dans le webdocumentaire », l’ interview de Maude Milekovic, journaliste web au Berry républicain.  Dans la cuisine des petits jouets :deux pages dans le journal papier et le webdocu sur le site illustre la synergie qui peut exister entre un journal et le webdocu.

Dans la cuisine des petits jouets, webdocu du Berry républicain

« Dans la cuisine des petits jouets » : capture d’écran de la page d’accueil

 

Sources:
La différence entre webdocumentaire et webreportage ;
Le webdocumentaire, l’absence de définition n’empêche pas un cadre ;
Pourquoi le néologisme webdocumentaire ?
Pourquoi le nom webdocumentaire ?
Mais qu’est ce qu’un webdocumentaire ?

Le Webdocumentaire : Un genre Nouveau ou du nouveau dans le Genre ?

La newsletter de bibliobsession pour la partie pédagogique.

MAJ : 7 septembre 2011 :
à voir les vidéos suivantes réalisées lors de Visa pour l’image à Perpignan : l’interview d’Erwann Gaucher à propos du comportement et des usages des internautes faces aux nouvelles formes de narration.
De l’écriture à la production, le rôle central de l’auteur, par Olivier Lambert ;
Une formation webdocumentaire au CEFPF ;

Bruno Masi : retour sur le webdocumentaire « La Zone ».

MAJ : 26 janvier 2012
À lire
Enseignants, élèves et jeux vidéo, site de l’académie de Créteil a mis en ligne un texte intitulé « Webdocumentaire, jouer au petit journaliste ». L’auteur, qui souligne l’intérêt potentiel des webdocus pour l’éducation aux médias, fait le point « sur ses particularités, ses enjeux et son potentiel. »  et s’intéresse à la posture de l’utilisateur.
Dans sa conclusion il indique : « De tels outils laissent entrevoir un fort potentiel d’utilisation dans le domaine de l’éducation. L’acte de « jouer un documentaire », de jouer au journaliste d’investigation, même hors d’un cadre pédagogique, renvoie déjà l’utilisateur à une prise de conscience de la valeur de l’information, et plus important, de sa construction. » avant de souligner les rapports entre webdocumentaires et « newsgames, objets réflexifs sur le journalisme et leur singulière vision du monde.
En complément des adresses de ressources sur les webdocus et les « newsgames »

Atelier « Conception et utilisation d’un webdocumentaire »

L’Université de Lorraine, partenaire de MEDEA 2020 (1), en collaboration avec la Digital Thematic University (DTU) AUNEGE organise à Paris, les 15 et 16 mars prochain, un atelier sur la création de webdocumentaires en tant que support pédagogique.

1) MEDEA est une communauté européenne de pratiques à l’utilisation pédagogique des médias. Qui vise à exploiter le savoir-faire et les pratiques existants dans l’utilisation des médias dans les domaines de l’éducation et la formation en Europe.

Documents complémentaires dans le « pearltree » ci-dessous (enrichi à chaque nouveauté repérée).

webdocu dans (equivert)