Journalistes et internautes : une intégration qui se cherche encore en France

Publié le 17 juin 2010 dans Sondages, études

Com­ment inté­grer les inter­nautes dans la chaîne de pro­duc­tion de l’information ? Pre­mières réponses avec le der­nier média cam­pus orga­nisé le 15 juin à l’AFP par Wan-Ifra (World Asso­cia­tion of News­pa­pers and News Publishers).

Les rédac­tions fran­çaises res­tent fri­leuses quand il s’agit d’intégrer les inter­nautes.
« On en est encore à faire du feu avec des silex » : cette bou­tade d’Éric Met­tout, le rédac­teur en chef de L’Express.fr, résume bien l’état d’esprit des sites hexa­go­naux.
Bien sûr, la ques­tion des moyens mis en œuvre entre en ligne de compte, mais égale­ment, souligne-t-il, « les rigi­di­tés pro­fes­sion­nelles ».
Pas ques­tion pour la rédac­tion de l’hebdomadaire fondé par Fran­çoise Giroud et Jean-Jacques Servan-Schreiber de sacri­fier à ce « jour­na­lisme de conver­sa­tion », trop loin du jour­na­lisme noble d’investigation.
La for­mule reste embryon­naire et expé­ri­men­tale, mais L’Express.fr compte déjà douze jour­na­listes qui gèrent blogs et com­men­taires des inter­nautes. « L’avis des inter­nautes est en soi une info » consi­dère Éric Met­tout qui oriente ses efforts dans les domaines cultu­rels et du style fémi­nin.
Outre-Manche, l’intégration des inter­nautes est un vrai phé­no­mène et Meg Pickard, Head of social média deve­lop­ment au Guar­dian, consi­dère que « le pari de la qua­lité peut mar­cher ». Chaque mois, Guardian.co.uk compte plus de 36 mil­lions d’internautes uniques et le site est autant consulté aux États-Unis qu’au Royaume-Uni.
L’affaire du scan­dale des notes de frais des dépu­tés bri­tan­niques, lan­cée par le Daily Tele­graph a pris de l’importance lorsque le Guar­dian a demandé à ses inter­nautes de s’en mêler, de par­ti­ci­per à l’enquête jour­na­lis­tique.
Le site du Guar­dian met en avant la force du débat. « The context is king » com­mente Meg Pickard en expli­ci­tant le suc­cès de l’espace de dis­cus­sion « Com­ment is free », de l’open plat­form et du « Zeit­geist ».

Le Post.fr : comme un média social

Le jour­na­lisme par­ti­ci­pa­tif et citoyen, les com­mu­nau­tés de lec­teurs : la for­mule a émergé en France avec le site Le Post.fr lancé fin 2007 comme un vrai labo­ra­toire par Le Monde.
Benoît Raphaël, son ancien rédac­teur en chef, insiste sur le concept : « Le Post a été conçu comme un média social qui comme 40.000 membres ».
Les dix jour­na­listes spé­cia­li­sés qui animent les com­mu­nau­tés gèrent quelque 500 contri­bu­tions d’internautes par jour. «  La tra­ça­bi­lité de l’info est une prio­rité et l’on badge l’info véri­fiée ou non ».
Le Post s’est aussi appuyé sur l’enracinement de ses contri­bu­teurs. Et Benoît Raphaël cite le cas de tian, par ailleurs cor­res­pon­dant à Agen du quo­ti­dien Sud Ouest.
«  Ils apportent de l’expertise, un ton, des angles dif­fé­rents » estime l’animateur du site  Demain tous jour­na­listes ? qui a quitté Le Post.fr en mars der­nier pour deve­nir consul­tant indé­pen­dant.
Il constate que les pro­fes­sion­nels «  consacrent actuel­le­ment 90 % de leur temps à l’editing, au témoi­gnage, et 10 % aux conte­nus exclu­sifs, à la véri­fi­ca­tion, à l’enquête. Demain, les ama­teurs peuvent inter­ve­nir pour 20 % et les pro­fes­sion­nels pour 80 % sur la véri­fi­ca­tion et la pro­duc­tion de conte­nus ».
Et le modèle écono­mique ? Le Post.fr n’a pas béné­fi­cié d’équipes com­mer­ciales, le groupe Le Monde, misant dès 2002 sur LeMonde.fr qui vient de voir sa stra­té­gie chan­ger. Après un équi­libre entre « zone gra­tuite » (sup­por­tée par la publi­cité) et « zone payante », LeMonde.fr a en effet décidé, fin mars 2010, de don­ner l’exclusivité de l’accès des articles du quo­ti­dien à ses abon­nés.
Le Post.fr trouvera-t-il sa vraie place après la reca­pi­ta­li­sa­tion du groupe Le Monde ? Reste à convaincre les futurs actionnaires…

Thierry Noël (ancien délé­gué Arpej de la Nou­velle Répu­blique du Centre ouest)


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