Journalistes et internautes : une intégration qui se cherche encore en France

Comment intégrer les internautes dans la chaîne de production de l’information ? Premières réponses avec le dernier média campus organisé le 15 juin à l’AFP par Wan-Ifra (World Association of Newspapers and News Publishers).

Les rédactions françaises restent frileuses quand il s’agit d’intégrer les internautes.
« On en est encore à faire du feu avec des silex » : cette boutade d’Éric Mettout, le rédacteur en chef de L’Express.fr, résume bien l’état d’esprit des sites hexagonaux.
Bien sûr, la question des moyens mis en œuvre entre en ligne de compte, mais également, souligne-t-il, « les rigidités professionnelles ».
Pas question pour la rédaction de l’hebdomadaire fondé par Françoise Giroud et Jean-Jacques Servan-Schreiber de sacrifier à ce « journalisme de conversation », trop loin du journalisme noble d’investigation.
La formule reste embryonnaire et expérimentale, mais L’Express.fr compte déjà douze journalistes qui gèrent blogs et commentaires des internautes. « L’avis des internautes est en soi une info » considère Éric Mettout qui oriente ses efforts dans les domaines culturels et du style féminin.
Outre-Manche, l’intégration des internautes est un vrai phénomène et Meg Pickard, Head of social média development au Guardian, considère que « le pari de la qualité peut marcher ». Chaque mois, Guardian.co.uk compte plus de 36 millions d’internautes uniques et le site est autant consulté aux États-Unis qu’au Royaume-Uni.
L’affaire du scandale des notes de frais des députés britanniques, lancée par le Daily Telegraph a pris de l’importance lorsque le Guardian a demandé à ses internautes de s’en mêler, de participer à l’enquête journalistique.
Le site du Guardian met en avant la force du débat. « The context is king » commente Meg Pickard en explicitant le succès de l’espace de discussion « Comment is free », de l’open platform et du « Zeitgeist ».

Le Post.fr : comme un média social

Le journalisme participatif et citoyen, les communautés de lecteurs : la formule a émergé en France avec le site Le Post.fr lancé fin 2007 comme un vrai laboratoire par Le Monde.
Benoît Raphaël, son ancien rédacteur en chef, insiste sur le concept : « Le Post a été conçu comme un média social qui comme 40.000 membres ».
Les dix journalistes spécialisés qui animent les communautés gèrent quelque 500 contributions d’internautes par jour. «  La traçabilité de l’info est une priorité et l’on badge l’info vérifiée ou non ».
Le Post s’est aussi appuyé sur l’enracinement de ses contributeurs. Et Benoît Raphaël cite le cas de tian, par ailleurs correspondant à Agen du quotidien Sud Ouest.
«  Ils apportent de l’expertise, un ton, des angles différents » estime l’animateur du site  Demain tous journalistes ? qui a quitté Le Post.fr en mars dernier pour devenir consultant indépendant.
Il constate que les professionnels «  consacrent actuellement 90 % de leur temps à l’editing, au témoignage, et 10 % aux contenus exclusifs, à la vérification, à l’enquête. Demain, les amateurs peuvent intervenir pour 20 % et les professionnels pour 80 % sur la vérification et la production de contenus ».
Et le modèle économique ? Le Post.fr n’a pas bénéficié d’équipes commerciales, le groupe Le Monde, misant dès 2002 sur LeMonde.fr qui vient de voir sa stratégie changer. Après un équilibre entre « zone gratuite » (supportée par la publicité) et « zone payante », LeMonde.fr a en effet décidé, fin mars 2010, de donner l’exclusivité de l’accès des articles du quotidien à ses abonnés.
Le Post.fr trouvera-t-il sa vraie place après la recapitalisation du groupe Le Monde ? Reste à convaincre les futurs actionnaires…

Thierry Noël (ancien délégué Arpej de la Nouvelle République du Centre ouest)