Une étude sur les pratiques des enseignants

Impulsée par le clemi, une étude de la DEPP montre que les enseignants documentalistes, les professeurs de français et d’histoire géographie sont les plus nombreux à s’impliquer dans l’éducation aux médias et, plus d’une fois sur deux, leur intervention au sein de la classe est conjointe.


La presse écrite, quotidienne, nationale et payante est utilisée en priorité. Les professeurs restent pourtant demandeurs de plus d’outils, de supports et de conseils d’utilisation pédagogique des médias. Ils leur sont nécessaires pour optimiser les effets constatés chez leurs élèves : découverte de la diversité de la presse et ouverture sur le monde.

La place croissante de l’information dans la société rend indispensable l’éducation de tous les élèves à la lecture et à l’analyse critique des médias d’information.
Les programmes d’enseignement du premier et du second degré intègrent désormais l’éducation aux médias dans leurs objectifs et suggèrent des activités et supports pédagogiques.
À la demande du Clemi, la DEPP (Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance a interrogé près de 2000 enseignants de collège et de lycée qui participent à la semaine de la presse et s’impliquent dans l’éducation aux médias. Le but de cette étude  réalisée en 2006—07 était de mieux connaître leurs pratiques dans ce domaine.

Partager et transmettre des valeurs civiques
Peu d’enseignants disent avoir suivi une formation aux médias ces dernières années. Deux-tiers d’entre eux admettent même n’en avoir suivi aucune. Pourtant, ils s’impliquent dans l’éducation aux médias d’abord en raison de la place et de l’influence des médias dans la société (42 à 48 %), puis parce qu’ils adhèrent aux valeurs de liberté d’expression et de droit à l’information (30 %).
Leur motivation repose donc en priorité sur la volonté de partager et de transmettre des valeurs civiques et pour la plupart, indépendamment d’une formation portant sur le monde des médias et leur utilisation pédagogique. La priorité des enseignants est d’aider les élèves à développer leur jugement et leur esprit critique ou citoyen (32 % en lycée, 27 % en collège) – en accord avec les recommandations des programmes-. Pour d’autres, l’éducation aux médias est un moyen d’apprendre à décrypter l’information ((10 % en collège, 11 % en LEGT et 8 % en LP).
Familiariser les élèves avec les médias en général, faire découvrir leur diversité et pluralité est le but visé par  20 à 25 % des enseignants, tandis que 12 à 16,5 % souhaitent ouvrir les élèves à l’actualité et le monde.

Le documentaliste : un acteur majeur
Plus de la moitié des enseignants abordent des problèmes de société lorsqu’ils leur font étudier l’actualité, avant l’actualité internationale et la culture (plus du tiers des enseignants). Le fait divers est aussi  particulièrement apprécié des professeurs de français.
Pour les autres activités, quelques différences apparaissent selon le type d’établissement : pratiques plus orientées vers le débat et les approches théoriques au LEGT, plus appliquées à l’actualité et à la publicité au LP, tandis que les élèves les plus jeunes (au collège) se sont plus souvent intéressés aux sources des informations (agences, sites).
Si les professeurs d’histoire géographie et de français sont souvent très impliqués dans l’éducation aux médias, neuf fois sur dix, c’est un documentaliste qui se charge de l’inscription à la semaine de la presse et la plupart du temps, il le fait de sa propre initiative.
L’éducation aux médias s’intègre le plus souvent dans la démarche d’enseignement, puis lors d’activités proposées aux élèves en classe.
Pour plus de la moitié des professeurs, notamment ceux d’histoire géographie ainsi que les documentalistes (63 à 78 % des enseignants), les médias sont un support documentaire avant d’être un objet d’enseignement.
La collaboration entre les enseignants et le documentaliste est une donnée essentielle de l’éducation aux médias : environ huit enseignants sur dix confirment l’implication soutenue de ce dernier lors de la mise en place des activités d’éducation aux médias, et plus de la moitié déclarent intervenir avec un collègue documentaliste lorsqu’ils éduquent aux médias. Dans les deux-tiers des cas, les enseignants utilisent également les ressources du CDI.

La presse écrite privilégiée
L’éducation aux médias est donc rarement dispensée de manière isolée, d’ailleurs plus d’un tiers des professeurs en collège et LEGT (35 % et 39 %) et trois quarts en LP affirment qu’ils travaillent en interdisciplinarité lorsqu’ils conduisent des activités dans ce domaine, et 25 % à 32 % disent le faire avec d’autres classes de même niveau.
La presse écrite est le média privilégié par près de 90 % des enseignants, suivi d’Internet (principal second choix) puis de la télévision, avec pour matériaux, dans l’ordre décroissant : coupures de presse, sites web de médias et journaux télévisés.
Les enseignants ont été plus nombreux à proposer à leurs élèves de l’analyse de textes et d’images (support préféré des documentalistes) plutôt que de données chiffrées, avant d’autres types d’activités d’éducation aux médias telles la comparaison de titres ou le feuilletage, la revue de presse, le visionnage, la mise en forme de messages médiatiques.
Les supports qui paraissent les plus utiles aux responsables pour aider les enseignants sont d’abord des fiches, grilles de lecture, et documents d’activités (selon un responsable sur deux) puis des pistes de travail et d’activités thématiques (selon un sur trois). Les enseignants ont donc surtout besoin de supports et d’outils pédagogiques concrets.
Enseignants et responsables de l’inscription perçoivent différemment la proportion de classes concernées par l’éducation aux médias. 53 % des seconds affirment que seulement un quart des classes de collège sont concernés par l’éducation aux médias, plus d’un tiers des professeurs (37 %) disent que toutes leurs classe le sont. Au lycée, la différence est encore plus grande (2% pour les responsables, 30 % pour les professeurs.

Contacts noués, réalisations concrètes
Selon les enseignants, beaucoup d’élèves semblent peu sensibilisés à l’usage des médias. Seule une minorité (moins d’un quart de la classe) éprouverait le besoin de s’informer, de se confronter avec la pluralité des points de vue, serait conscient de l’influence des médias sur ses valeurs et ses choix, saurait décoder l’intention des messages médiatiques.
Par contre, six à sept professeurs sur dix affirment qu’éduquer les élèves aux médias induit une évolution de leurs pratiques enseignantes. Ils se sentent alors plus en phase avec l’actualité et plus proches des pratiques quotidiennes de leurs élèves.
Quelques professeurs d’histoire-géographie insistent sur la nécessité d’intégrer davantage l’éducation aux médias dans les programmes («d’heures spécialement dédiées» ou plus de «travail en groupe» en «petits effectifs».
De nombreux professeurs de collège souhaitent davantage de documents : «banque d’images, photos, exploitables en classe», de journaux, revues, matériel et outils.
Tout comme ils déplorent que l’éducation aux médias soit dispensée dans peu de classes au sein de leur établissement, plus de la moitié des responsables sont peu ou pas satisfaits de la mobilisation des enseignants à la Semaine de la presse. Mais de l’avis de tous, c’est le manque de temps, et non les conditions d’organisation, qui peut conduire à ne pas participer à cette manifestation.
Un des objectifs de la manifestation est de mettre en relation les enseignants et leurs élèves avec les professionnels des médias afin de bâtir des projets communs et favoriser des actions.
Un tiers environ des enseignants déclare avoir, à cette occasion, noué des contacts utiles auprès de journalistes, notamment ceux de la presse écrite.  Peu en ont noué avec d’autres partenaires.
Selon la plupart des responsables, les élèves ne sont qu’un quart ou moins à participer à la Semaine de la presse. En revanche, la manifestation se concrétise assez souvent (41 % en collège, 36 % en LEGT et 32 % en LP) par l’ouverture d’un atelier ou d’un club «presse» au sein du collège ou du lycée. Parfois même une «radio scolaire est mise en place. La mise en place d’un journal scolaire intervient pour presque un tiers (32 % en collège, 23 % en LEGT et 31,5 % en LP).

Pour une semaine qui « dure toute l’année scolaire »
Au cours de la Semaine, les élèves participent à des activités très diverses à l’intérieur de l’établissement (kiosques, sondages, interviews, reportages …) avec, pour apport, la découverte de la diversité de la presse et une ouverture sur le monde.
Plus de la moitié des enseignants constate en effet que près des trois quarts de leurs élèves sont plus ouverts au monde qui les entoure et ont davantage le goût du travail en groupe (71 % en collège, 72 % en LEGT, 74 % en LP). Les élèves redécouvrent aussi le goût de s’exprimer à l’oral, notamment en français.
Plus de 95 % des responsables de l’inscription a l’intention de la renouveler en 2009. Une partie non négligeable demande une mobilisation accrue des acteurs, souhaite des relations facilitées avec les représentants de la presse et des médias ; que les élèves aient envie de s’intéresser à la presse.
Nombreux sont ceux qui réclament une prolongation de la durée de la Semaine, qu’elle devienne, par exemple, une « Quinzaine de la presse ». Certains demandent également que sa date soit décalée car le printemps est une période très chargée. Mais, surtout, ils ne verraient que des avantages à ce que les actions mise en place au cours de la semaine le soient tout au long de l’année scolaire.

Ont répondu à cette étude : 1 009 enseignants répartis comme suit : 452 en collèges, 272 en LEGT et 285 en LP, ainsi que 921 autres enseignants, le plus souvent documentalistes (436 en collèges, 266 en LEGT, 219 en LP), chargés d’inscrire leur établissement à la Semaine de la presse et des médias dans l’École.

L’étude est ici, les données des tableaux et des graphiques chiffés .

À venir : dans un encadré, la « note d’information » annonce la parution prochaine d’un ouvrage signé François Alluin et Chi-lan Do L’éducation aux médias dans le second degré, dans la collection Les Dossier MEN-DEPP.