Le comportement des jeunes lecteurs scruté par les médias

Pour  pouvoir s’adapter et gagner de futurs lecteurs sur papier ou sur Internet, la presse s’intéresse de près aux habitudes des jeunes. Voici, en résumé quelques éléments intéressants tirés de trois sondages réalisées respectivement au Canada, en Suisse et aux États-Unis.

I Au Canada
« Lisons entre les lignes : pour en finir avec quelques idées préconçues chez les jeunes lecteurs » est  le titre d’une étude demandée à la firme D-Code Inc par l’Association canadienne des journaux (ACJ). Cette dernière souhaitait en effet en savoir plus sur la prochaine génération de lecteurs. Par ailleurs, elle était intéressée par les liens entre lecture des journaux et engagement civique des jeunes.
D-Code Inc a interrogé 1500 jeunes entre 14 et 34 ans. Ceux-ci ont rempli un questionnaire en ligne d’une durée de 25 minutes. L’étude porte sur les comportements de quatre catégories de lecteurs :

  • au quotidien (18 % de l’échantillon) ;
  • au moins une fois par semaine (71 %) ;
  • moins d’une fois par semaine (11%) ;
  • ne lisent jamais (5 %).

Pour s’informer, les sondés font d’abord confiance à la télévision (41 %), puis aux journaux (32%). Viennent ensuite la radio et les sites Internet d’information, à égalité, à 22%. Suivent, la publicité télé/radio/imprimés (14 %), les webzines (4%) et les blogues (2%).
Si ces jeunes  réfutent à 91 % l’affirmation « Les journaux sont pour les vieux », 62 % des 14-19 ans les liraient plus souvent si leur contenus étaient « plus audacieux  et moins conservateurs » .
Par contre, les journaux papier ne sont pas la source favorite des jeunes. Ils privilégient les sites Internet des journaux plus que les supports papiers pour se renseigner que ce soient les nouvelles internationales, les divertissements, la météo.
Fiabilité et crédibilité sont les deux critères les plus importants pour les deux classes d’âge interrogées : les 14-19 ans et les 30-34. Viennent ensuite niveau d’écriture et qualité du reportage. Pour ces quatre critères, les journaux papiers sont considérés comme supérieurs.
Pour les informations locales (un de leurs principaux point d’intérêt), les journaux papier sont considérés comme meilleurs que les informations en ligne, tout comme pour les petites annonces, les bandes dessinées et les éditoriaux.

Les jeunes cherchent d’abord à s’informer
Au-delà de la fréquence de lecture, l’étude s’est également penchée sur ce que lisent les jeunes dans un journal. Là aussi, le résultat bouscule certaines idées reçues. Viennent en tête la Une (81 %) les informations  contenues dans le premier cahier, 68 % (dans les journaux canadiens il regroupe les informations du jour), les nouvelles locales (63 %).  Humour/bandes dessinées, nouvelles nationales, météo et nouvelles internationales font des scores relativement proches (respectivement 49 %, 43 %, 41 %, 39 %).
Quant aux programmes de cinéma, ils viennent bons derniers (26 %), les jeunes privilégiant sans doute d’autres sources.
Le manque de temps disponible est un frein à la lecture. 74 % des sondés estiment qu’ils liraient davantage s’ils en avaient plus. Mais, 71 % nient que des articles plus courts les inciteraient à lire davantage.
Lecture et nouvelles technologies font bon ménage
Contrairement à une idée généralement admise, les grands lecteurs sont aussi de grands utilisateurs de technologie. Usage de l’ordinateur (87 % contre 81 %), usage d’Internet (88 % contre 78 %), utilisation du courriel (79 % contre 64 % ),utilisation du téléphone mobile (53 % contre 32 %), par contre pour la messagerie instantanée, la différence  est minime (52 % contre 48%).
Quant au fait de lire, il n’est pas dépendant du support. Les lecteurs fréquents lisent également plus en ligne. Ils sont davantage prêts à payer pour télécharger, accéder à de l’information ou des divertissements. 60% d’entre eux (contre 37 %) ont tendance à lire la version en ligne d’un quotidien.
Par contre certaines activités en ligne ne sont quasiment pas dépendantes du taux de lecture : participer à un concours, accéder à des renseignements de divertissement, recherche une entreprise ou des produits, télécharger de la musique, jouer à des jeux vidéo, chercher un emploi.  Là, les différences de pourcentage sont inférieures à 5%.
Comment prendre l’habitude de lire les journaux ?
Selon l’étude, les jeunes qui n’ont pas pris l’habitude de lire les journaux avant 24 ans, ont peu de chance de devenir des lecteurs. Les habitudes de lecture s’acquièrent donc pendant l’adolescence. L’histogramme ci-dessous porte sur l’impact de l’utilisation des journaux à l’école secondaire sur les habitudes de lecture de jeunes adultes.
Les pourcentages pour l’école primaire sont de 41 % pour les lecteurs quotidiens, et de 31 % pour au moins une fois/mois (total 38 %).
L’étude pointe alors « les avantages sociaux inhérents à l’encouragement à la lecture des journaux chez les jeunes. Elle prouve qu’il existe une forte corrélation entre la lecture des journaux, l’engagement civique et la participation sociétale.
Cette forte corrélation, et la preuve que l’habitude de la lecture des journaux est principalement prise avant l’âge de 24 ans, font qu’il est important de continuer à promouvoir l’utilisation des journaux à l’école.
De plus, les parents qui choisissent d’avoir le journal à la maison augmenteront la probabilité que leur enfant prenne l’habitude de la lecture des journaux » (88 % des lecteurs quotidiens disposaient du journal à la maison).
Source : Association canadienne des journaux

II  Les Suisses pessimistes

Ces conclusions résolument optimistes contrastent avec le compte rendu d’une étude suisse parue dans Swissinfo et intitulée : « La génération @ lira moins de journaux ».
Cette dernière a été  menée par l’association Recherches et études des médias publicitaires (REMP). La REMP a interrogé 504 jeunes de 14 à 20 ans dans toutes la Suisse sur leurs habitudes et leurs intentions  de lecture.
Voici les principaux résultats de ce sondage :
Les 14-20 ans utilisent en premier lieu Internet pour :
1) savoir ce qui est en vogue,
2) vouloir apprendre quelque chose sur ce qui est en vogue,
3) trouver des informations de fond,
4) savoir « où se passe quoi » pour sortir.
Plus de la moitié d’entre eux (59%) disent vouloir utiliser Internet encore davantage à l’avenir et 34% disent penser l’utiliser à la même fréquence.
Ils lisent les journaux gratuits pour avoir un « regard global et rapide sur les événements ». Mais ils privilégient les journaux payants pour « les informations nationales, internationales, régionales et locales ». La télévision est le premier choix pour le sport.
Leurs intentions
Les gratuits :

  • 37% des jeunes disent vouloir les lire davantage
  • 42% veulent les lire comme aujourd’hui ;
  • 21% pensent les lire moins.

Télévision :

  • 31% des jeunes entendent regarder davantage ;
  • 46% veulent la regarder comme aujourd’hui ;
  • 23% pensent la regarder moins ;

Les journaux payants :

  • 24% des jeunes veulent les  lire davantage ;
  • 45% comme aujourd’hui ;
  • 31%  moins.

Source : Növovision.
Le numéro spécial de Report consacré aux comportements des jeunes en matière d’information.

III Aux États-Unis : ce qui décourage, ce qui attire…

Par ailleurs, une étude du Centre pour la gestion des medias de la Northwestern University, près de Chicago menée auprès de jeunes de 17 à 22 ans au moment des élections américaines recense ce qui, sur un site d’informations, peut décourager les nouvelles générations :

  • trop de sujets en compétition pour attirer l’attention, sans hiérarchie sur ce qui est le plus important ;
  • trop de détails ;
  • trop verbeux ;
  • trop de choix ;
  • trop de texte et pas assez de graphiques et d’images.

Avant de lister ce qui les attire :

  • une page bien organisée, bien hiérarchisée, avec des titres courts, lisibles, synthétiques ;
  • une organisation en couches, laissant chacun libre de poursuivre plus en profondeur ;
  • des liens pour ceux qui en veulent plus

Source : Médiawatch.

L’étude D-Code en pdf, Les conclusions de l’étude en pdf.