Jeunes et nouveaux médias : entre risques et opportunités

Dans un rapport intitulé « Les nouveaux médias : des jeunes libérés ou abandonnés ? » David Assouline consacre la cinquième partie de son texte à l’éducation aux médias, en pointe les déficiences actuelles et propose quelques pistes.

L’arrivée d’Internet (téléchargement, chat, réseaux sociaux, blogs…), du téléphone portable, des jeux vidéo ont profondément modifié les comportements des jeunes.  Parfois nommés les « digital natives », ce sont de très gros utilisateurs des nouveaux médias. Les pouvoirs publics doivent relever des défis inédits en matière de maîtrise des contenus diffusés, de protection de la jeunesse, mais aussi d’utilisation éducative et pédagogique de ces outils.
Au début de cette année, la commission des affaires culturelles du Sénat a confié à David Assouline,  une mission intitulée : «  Les nouveaux médias : risque ou opportunité pour la jeunesse ? »
Dans son rapport intitulé :  Les nouveaux médias : des jeunes libérés ou abandonnés ? », rendu le 22 octobre dernier, David Assouline s’est concentré sur l’impact des nouveaux médias sur les 11-18 ans est s’est donné comme fil rouge « un questionnement permanent entre les risques et les opportunités qu’entraînent les nouveaux médias ».
Après avoir rappelé dans sa première partie, la consommation médiatique des adolescents (95 % des 12-17 sont internautes, 95 % des jeunes européens ont leur propre téléphone mobile…), David Assouline consacre la deuxième à la chance que les nouveaux médias représentent pour la jeunesse :

  • libération de la parole ;
  • facteur de socialisation ;
  • catalyseurs de compétences ;
  • renforcement de la persévérance ;
  • vecteur culturel ;
  • intérêt pédagogique.

En contrepoint la troisième s’attache à l’aspect négatif :

  • amaigrissement de la sphère de l’intime ;
  • menaces sur la santé ;
  • omniprésence de la publicité ;
  • éclatement de l’univers médiatique ;
  • impact de la diffusion de contenus violents.

Après une quatrième partie intitulée, « Un effort utile de maîtrise des nouveaux médias », le rapporteur s’attache à l’éducation aux médias.

L’importance des nouveaux médias dans notre société étant indéniable, il estime que « l’école doit donc se fixer pour objectif d’accompagner l’utilisation des nouveaux médias, en s’en servant comme outil technique, en les intégrant dans l’enseignement comme support pédagogique, et en fournissant un cadre adapté à leur analyse critique. »
Pourtant l’école ne doit pas être la seule concernée par l’éducation aux médias, l’État, la famille et les médias doivent y prendre part.
Le rapporteur considère que dans un monde scolaire dominé par l’écrit, les enseignants et l’éducation nationale ne sont pas armés face aux nouveaux médias et au flot d’informations qui parviennent aux jeunes via de multiples canaux.
Ce constat fait, David Assouline dresse un état des lieux de l’éducation aux médias dans le contexte de la révolution numérique « qui a remis en cause le rapport de la jeunesse à la connaissance et à l’apprentissage. »

Renforcer l’éducation aux médias

Dans ce contexte qui doit aussi inclure le danger de la fracture numérique, même si elle tend à s’atténuer, l’école a le devoir de former des citoyens à même « d’adopter une posture critique vis-à-vis des nouveaux médias, de l’information, de la publicité, et des contenus qu’ils diffusent. »
Les nouveaux outils (baladeurs, lecteurs mp3, mobiles (qui permettent de surfer et bientôt de regarder la télévision) font partie de l’univers des jeunes. L’école ne peut les ignorer.
David Assouline insiste sur l’apport positif de l’éducation aux médias.
Il plaide donc pour un renforcement de cette dernière avant de s’interroger sur l’échec du système scolaire à vraiment l’intégrer dans le cursus. Circulaire Haby, intégration de l’éducation aux médias dans le socle commun de compétences , cahier des charge de la formation des enseignants en IUFM n’ont jusqu’ici pas suffit. Le rapporteur reprend ensuite différents points du rapport de l’Inspection générale http://www.pressealecole.fr/IMG/pdf/rapport_inspection_generale.pdf]  avant de lister les quatre manières dont devraient être utilisés les médias :

  • support d’enseignement ;
  • objet d’étude ;
  • outil de construction de la citoyenneté ;
  • source de créativité.

Il s’interroge ensuite sur le rôle du Clemi et le manque de définition commune sur ce que doit être l’éducation aux médias. Dans ce domaine, le rôle des documentalistes lui semble central, et il souligne que leurs compétences ne sont pas suffisamment exploitées.  En ce qui concerne le B2i, il souhaite qu’il soit recentré sur l’éducation aux médias.

Quant à savoir le qui, quand et comment de l’éducation aux médias, David Assouline préconise les éléments suivants.  :

  • définir un temps (une dizaine d’heures) et un espace pour cet enseignement, au moins au collège  (« Cette initiative permettrait notamment de mettre en valeur la capacité des élèves à créer un discours médiatique, et pourrait s’intégrer dans un projet d’accompagnement à la semaine de la presse ») ;
  • donner les nouveaux médias comme support prioritaire à l’ensemble des cours d’éducation civique au collège et d’éducation civique, juridique et social au lycée  (« Ce projet associerait obligatoirement des professeurs de plusieurs matières, le lieu serait le CDI et l’animateur principal en serait le professeur documentaliste. »).
Les 15 principales propositions de la mission

Définir juridiquement le statut des données personnelles mises en ligne sur les sites de réseaux sociaux, notamment en cas de désabonnement ;

  • réglementer l’usage de la « webcam » sur les messageries instantanées ;
  • renforcer les messages de prévention sur les plateformes de blogs et les sites communautaires
  • lancer une étude de grande ampleur relative à l’impact de la publicité sur la jeunesse ;
  • créer un organe de corégulation « enfance et médias » compétent pour assurer la protection de l’enfance sur l’ensemble des médias ;
  • délivrer un label de qualité aux logiciels de contrôle parental ;
  • renforcer la coopération internationale sur la constitution des listes noires de sites interdits ;
  • conforter l’action du Centre de liaison de l’enseignement et des médias d’information (Clemi) en stabilisant ses moyens ;
  • renforcer le rôle des professeurs documentalistes ;
  • mettre en place un module de 10 heures annuelles d’éducation aux médias en quatrième et en seconde ;
  • utiliser les nouveaux médias de manière prioritaire comme support pédagogique dans les cours d’éducation civique ;
  • recentrer le B2i sur l’usage des nouveaux médias ;
  • renforcer les obligations des chaînes publiques en matière de programmation, d’émissions de décryptage des médias
  • imposer aux chaînes de télévision de préciser les sources de leurs images dans les journaux et magazines d’information ;
  • instaurer une signalétique positive pour les programmes jeunesse.

Quelques articles sur le rapport : Remarque sur le rapport Assouline (Le guide des égarés), Jeunes, Internet et jeux vidéo… (Libération), Le café pédagogique, Les nouveaux médias des jeunes (Génération cyb), Nouveaux médias, risques… (Ressources jeunesse).

NDLR: Le Blog de David Assouline est toujours ouvert.