La consommation médias des jeunes passée au crible

Journaux papier, émissions (radio, télévision), Internet, mobile…  la consommation des médias est de plus en plus éclatée. Et les habitudes des jeunes consommateurs s’écartent de celles des générations précédentes.
Dans ce contexte, agences de presse, journaux s’interrogent.
Associated Press (AP) et l’Association mondiale des journaux (AMJ) viennent de publier deux études qui tentent de dresser le portrait et les attentes du jeune lecteur.
I) Associated Press choisit l’anthropologie

Au printemps 2007, AP a initié une étude qui, selon elle, « a débuté tout à fait normalement, mais qui l’a entraîné à changer sa façon de concevoir le journalisme à l’ère numérique ».
Le but initial de cette agence était de comprendre les modèles de consommation de l’information des jeunes générations, en allant au-delà des résultats donnés par une enquête traditionnelle. Les dirigeants ont alors souscrit à la proposition d’un analyste : faire une «ethnographie» de jeunes consommateurs adultes. Il s’agissait de rendre papable, vivant, le décalage entre la façon dont les 18-34 ans s’informent et celle des générations précédentes.
En effet, si les jeunes consommateurs sont moins dépendants du journal papier pour s’informer, ils consomment également des infos à travers une multitude de plate-forme et de sources, tous les jours, constamment. L’environnement médiatique actuel est multiple : vidéos, blogs, réseaux sociaux, flux RSS, portails Internet, moteurs de recherche, mobiles, bouche à oreille…
L’« ethnographie » demandée à des anthropologues par AP a donc ciblé les habitudes de consommation des médias de 18-34, dans six villes réparties dans le monde.
L’étude a cherché à déterminer comment les jeunes voient et lisent les informations dans leur vie quotidienne : les sources qu’ils privilégient, celles qu’ils évitent, les moyens d’y accéder, leurs plateformes préférées, les canaux traditionnels utilisés (ou pas).
Les participants, 18-34 ans (avec accent sur 18-24), sont un mélange de d’hommes et de femmes de différentes appartenances ethniques.
Chacun avait accès à Internet au moins une fois par jour, accès aux médias par des moyens autres que le papier, la télévision et la radio. Un rapport était fait sur chacun et chacun tenait un journal intime.
Un anthropologue observait les fait et gestes du jeune lorsqu’il consommait des médias, et ce dans toutes les activités quotidienne (travail, écoles, loisirs, divertissement, interactions avec la famille, les amis…) Cette façon de procéder à permis de découvrir des anomalies entre les relations faites et les actions réelles. Les observations ont été complétées par des entretiens structurés.
Pour utiliser une expression de presse écrite (relative à la Une) les participants à l’étude consacrent la majorité de leur temps aux informations du dessus de la pliure, ne consommant la plupart du temps que les titres et les mises à jour.
Le pli également peut être vu comme ligne de démarcation entre les informations, consommées la plupart du temps passivement, et une lecture approfondie, décrites par les sujets eux-mêmes comme un « vrai travail ».
Le surf sur l’info peut d’ailleurs avoir l’ennui comme motivation.
Une explication logique à ce comportement de consommations est en rapport avec le flux constant d’informations sur Internet 7jours/7, 24 h /24. Un accès illimité aux nouvelles par un nombre de canaux lui aussi quasi illimité crée un environnement favorable aux excès. Cependant, l’abondance et l’ubiquité des choix ne créent pas forcement le meilleur environnement pour une information réelle.
Les consommateurs peuvent être lassés, submergés par le flux informatif, et certains ne sont pas incités à «fouiller» plus en profondeur.
Les gens sont en communication constante avec leurs réseaux sociaux.
Les journaux, les émissions et les sites web sont donc dépassés par un accès aux infos facilités, infos diffusées le plus souvent sans mise en forme et agrégées par les utilisateurs eux-mêmes via les canaux numériques.
Les personnes interrogées se sentent submergées par les faits et les mises à jour et regimbent à l’idée de lire des articles de fond.

Source : Médiachroniques.

II)  L’étude demandée par l’AMJ *« brise les stéréotypes »

Selon une autre étude (présentée lors du Congrès Mondial des Journaux à Göteborg en Suède au début du mois), menée dans trois pays sur les habitudes médias des jeunes, la télévision demeure la source d’information la plus importante pour eux, malgré l’essor d’Internet.
Réalisée aux États-Unis, aux Pays-Bas et en Finlande auprès de 3 500 jeunes de 15 à 29 ans, l’étude révèle que les jeunes tirent leurs informations de toutes sortes de sources, mais que la télévision reste leur média favori.
« La télévision domine encore chez eux, même en termes de crédibilité et de profondeur de couverture de l’information », a expliqué Robert Barnard, Associé et Fondateur de la société DECODE, basée au Canada, qui a mené cette enquête.
Fait encourageant cependant, les jeunes s’intéressent à l’information et sont conscients de la nécessité d’être informé. Ceux qui lisent régulièrement la presse sont plus informés, plus intégrés à leur communauté. Enseignants et parents (et en particulier les mères) parviennent à influencer les jeunes et à les inciter à lire régulièrement le journal. Les utilisateurs de réseaux sociaux sont plus favorables aux journaux et aux médias en général que les autres jeunes.
Paradoxalement, les journaux ont constaté une baisse sensible du lectorat à l’âge où les jeunes quittent la maison alors qu’à ce stade de la vie, l’intérêt pour l’information atteint un pic.
L’AMJ et DECODE cherchent à élargir cette étude à d’autres pays.

* L’AMJ (association mondiale des journaux) représente 18000 journaux et regroupe 77 associations nationales d’éditeurs, des entreprises de presse et des directeurs de journaux individuels dans 102 pays, 12 agences de presse et 11 organisations régionales et internationales de médias.

L’article « Une nouvelle étude sur les habitudes médias des jeunes brise les stéréotypes » est ici.