Cette génération qu’on pense experte…

Nés après 1993, ils ont grandi avec Internet et on les appelle souvent la  « Google génération ».  Ils sont  le sujet d’une étude anglaise commandée par la British library intitulée « Information beahaviour of the researcher ». Elle s’attache, dans le contexte du travail des bibliothèques, à l’analyse du comportement de cette génération dans la recherche et la consommation d’information.

Une grande partie de cette étude analyse la façon dont les jeunes nés après 1993 cherchent de l’information, la lisent et l’évaluent à l’heure d’Internet.  Il « n’en a pas fait de meilleurs penseurs » soulignent les auteurs. Pour ces derniers, les jeunes utilisent avec facilité ordinateurs et Internet, mais manquent des compétences analytiques et critiques pour évaluer l’information qu’ils trouvent ; la plupart du temps grâce aux moteurs de recherche.
La recherche se fait horizontalement, sous forme de zapping (« horizontal et rebondissant »), plutôt qu’en profondeur. La faculté d’analyse est très peu mise à contribution «{ les jeunes supposent que les moteurs comprennent leurs questions ») et ils peinent à développer une stratégie de recherche efficace. Très peu de temps est consacré à la pertinence, à l’exactitude ou à la fiabilité de la source. Ils ne savent d’ailleurs pas les évaluer et se contentent souvent de copier les premiers résultats obtenus. Entre 60 et 65 % des utilisateurs ne regardent jamais plus de trois résultats.
Le temps passé à la recherche de l’information et celui dévolu à sa consultation est équivalent : entre quatre et huit minutes. Ce qui induirait l’émergence d’un nouveau « mode » de lecture. Les utilisateurs ne lisent pas dans le sens traditionnel du terme. Ils balayent très rapidement les pages en ligne (particulièrement les garçons), cliquent de manière intensive sur les hyperliens. Au mieux, ils passent en revue les titres, survolent le contenu, parcourent les résumés lorsqu’ils existent.

Les réseaux sociaux : une nouvelle donne

« On dirait presque » souligne l’étude « qu’ils vont en ligne pour éviter de lire dans le sens traditionnel ».  Le téléchargement  est aussi couramment pratiqué, mais il est impossible de dire si les documents ainsi obtenus sont réellement lus ultérieurement.
Corolaire de cette rapidité dans la consommation de l’information, la « Google génération » privilégie l’instantané au détriment d’une vision globale et efficace.
Par ailleurs, l’apparition des réseaux sociaux et la création de contenu par les internautes eux-mêmes brouille la distinction historique entre producteur et consommateur d’information. Il devient parfois quasi impossible de distinguer du « matériel » édité normalement de celui qui est auto édité.
Ce phénomène affecte la totalité de la société et la popularité des réseaux sociaux chez les jeunes détourne l’attention de ce qui se produit réellement (par opposition à ce qui se consomme). La séparation entre ceux qui « visionnent » le contenu (les 18-24 principalement) et ceux qui le produisent (les 35-54 ans) est très marquée.

« Des jeunes si différents ? »

Une partie de l’étude s’attache à étudier les différences supposées entre la « Google génération » et la précédente. Elle relativise certaines idées reçues tout en soulignant le manque de comparaisons fiables. Elle juge cependant assez sévèrement cette génération qui a une vision restrictive du cyberespace et se borne à utiliser les référents les plus populaires (Google, Yahoo). « Peut-être plus à l’aise que leurs prédécesseurs avec la technologie, elle tend à privilégier les applications les plus simples et utilisent moins d’équipement et de fonctionnalités qu’on ne l’imagine » souligne-t-elle. Pour les auteurs, les jeunes ne sont en tout cas pas des experts en recherche d’information.  Ils sont également moins attirés par les « médias passifs » tels que la télévision et la lecture des journaux et décalent leurs pratiques vers les formes numériques de communication.  Le rapport indique aussi  que l’exposition précoce aux médias numériques favoriserait la pratique du « multitâches ».
Mais les auteurs de l’étude estiment que, maintenant, « {nous sommes tous de la génération Google, la démographie d’Internet et la consommation de médias gomme rapidement cette notion de différence de génération. Les jeunes ont peut-être été les premiers utilisateurs, mais les autres générations rattrapent rapidement leur retard. »
En ce qui concerne le « copier-coller » et le copyright, il semble «qu’effectivement la jeune génération pratique facilement le premier et considère le second comme injuste ». Ce qui entraîne une perte de légitimité de la propriété intellectuelle  «les implications pour des bibliothèques et pour l’industrie de l’information d’un effondrement de respect pour copyright est potentiellement très sérieuse »,  indique l’étude.
Quant à la conclusion, elle met l’accent sur le fait que savoir chercher de manière pertinente sur Internet s’apprend et que « le point clé est que les compétences de recherche et de lecture de l’information doivent être développées pendant les années scolaires.»
Sources et compléments : l’étude complète.
Elle a été cité et commentée dans divers posts dont « Les jeunes et les moteurs de recherche », « Générations Google et TIC peut faire mieux ». En voici un troisième en anglais. Quant à « Comprendre les pratiques des plus jeunes », il cite l’étude mais apporte des informations complémentaires sur les « comportements numériques » des jeunes

Mise à jour (30 mai) : à lire sur le site d’Olivier Le Deuff, qui fait des recherches pour une thèse d’information-communication sur la culture de l’information deux articles: