Pourquoi faire de la presse à l’école ?

La presse est à la fois un outil pédagogique au service de la lecture et de l’écriture et un sujet d’étude pour que les élèves deviennent des lecteurs avertis. La presse est entrée dans l’école ; de plus en plus « plurimédias », les journaux sont des partenaires naturels du développement de cette éducation aux médias.

La presse, un gisement pédagogique reconnu
Quelques  bonnes raisons d’utiliser le journal à l’école

  • L’enfant vit dans un bain de messages médiatiques. Il passe souvent plus d’heures devant des écrans (télévision, Internet, console de jeux) qu’à l’école.
  • L’enfant doit apprendre à nager dans ce bain. Pour devenir un récepteur critique et responsable, un citoyen, il doit savoir décoder les messages, percevoir leur construction, apprendre à dire non.
  • L’actualité est une porte ouverte sur le monde. Si les nouvelles sont éphémères, elles peuvent être « levier » de la culture générale, de savoirs plus solides, plus structurés. – L’actualité trouble (aussi) les enfants. Notamment par des images souvent violentes. Travailler avec le journal peut permettre de déclencher la parole de l’enfant et l’aider à maîtriser son angoisse.
  • La presse est facile à travailler. En version papier, elle n’est pas  chère (voire gratuite grâce aux invendus), facile à découper, à classer, à photocopier, riche de textes et de photos : un outil idéal pour la classe. Avec internet, elle offre tous les avantages de l’interactivité. – Le journal régional propose un écrit familial, plus accessible que d’autres. Il est proche des lecteurs, va de la commune au monde, propose une grande variété de sujets autonomes, et réclame peu de pré-requis.
  • Le journal aide à se repérer dans le temps et dans l’espace (géographie et mise en page). Il n’est chaque jour ni tout à fait le même ni tout à fait un autre.
  • Le journal raconte des histoires vraies, propose des images du monde réel. Autant d’occasions de travailler sur le virtuel, sur la représentation de la réalité, d’analyser des images.
  • Le journal utilise des écritures variées, toutes soucieuses d’efficacité. Un gisement de textes courts à résumer, à titrer, à écrire autrement. – à  travers leurs sites, qui élargissent encore la palette des écritures, les journaux proposent une déclinaison plurimédias de l’actualité.
  • Le travail sur la presse génère une pédagogie plus active, plus transversale. Il permet de révéler des talents moins « scolaires ».

L’Éducation nationale incite au travail sur la presse
Depuis la circulaire de 1976, signée par René Haby, ministre de l’Éducation nationale et la création du CLEMI, les pratiques de « presse à l’école » se sont étendues à (presque) tous les établissements, de la maternelle à la terminale. L’utilisation de la presse facilite l’apprentissage de la lecture et de l’écriture pour les raisons exposées plus haut (écrits accessibles, gisement d’exercices).
Pour les plus grands, le travail avec la presse apprend, aussi, à s’informer, à exposer, voire à débattre L’Éducation nationale incite aussi à travailler sur le traitement et la réception des visuels. Là encore, la presse se révèle un gisement pédagogique pratique et pertinent. Les images sont fixes, (mais on trouve aussi des images animées sur les sites), mais les mécanismes fondamentaux du décodage sont les mêmes que pour celles de la télévision ou du cinéma. Via leurs sites, les journaux peuvent participer  à la formation aux TICE (Technologies de l’Information et de la Communication pour l’Éducation). En effet, le développement des TICE correspond aussi à la volonté d’éduquer les jeunes pour qu’ils fassent un usage citoyen et responsable de ces technologies.
Tout cela a été confirmé dans « Le socle commun de connaissances et de compétences »  (décret du 11 juillet 2006). Souvent très explicitement – « être éduqué aux médias », dans le chapitre « Se préparer à sa vie de citoyen » – ou « mobilier leurs connaissances pour donner du sens à l’actualité ». Par exemple.
Les journaux, partenaires nécessaires
Les raisons qu’ont les journaux de prendre leur part à « la presse à l’école » ne manquent pas. Elles peuvent être de nature différente… Stratégies commerciales, politiques d’image et engagements citoyens militants se mêlent souvent. Et s’opposent parfois… Nos lecteurs de demain sont en classe aujourd’hui « {Il ne s’agit pas de vendre notre journal aux écoles ou aux élèves, mais de le mettre entre les mains des jeunes pour qu’ils apprennent à le connaître, à le lire… et à l’apprécier} ». Les délégués ARPEJ répondent souvent ainsi à la suspicion de « faire de la presse à l’école pour faire de la promotion ». Ils ajoutent, justement, que : « Le journal n’est pas un produit comme un autre, mais un support d’information, un outil de lien social et donc un instrument de la vie démocratique ».
De même que nos journaux ont à la fois des intérêts économiques et civiques, la presse à l’école pourrait avoir des objectifs commerciaux et/ou citoyens. L’expérience et l’éthique de l’ARPEJ montrent qu’il est illusoire d’attendre des activités presse-école un bénéfice commercial à court ou moyen terme. La stratégie est plutôt à long terme et qualitative.
Partenaires de l’éducation à la citoyenneté Les journalistes ont une mission civique, ils ont donc besoin de lecteurs citoyens, avertis, exigeants. Les quotidiens régionaux se doivent, c’est leur grandeur, d’être proches des gens et des lecteurs.
Le développement durable d’une presse de proximité et de qualité impose donc que les lecteurs de demain soient citoyens, avertis et exigeants. C’est pourquoi les journaux, et notamment les journalistes, doivent accepter, et même rechercher l’échange, parfois difficile, avec les éducateurs et des élèves qui s’interrogent, légitimement, sur le traitement de l’information. Chacun y trouve son intérêt. Les enseignants s’enrichissent du témoignage des professionnels de l’information ; parfois abandonnent quelques préjugés, et les journalistes prennent conscience de leur responsabilité civique, voire « éducative ». Les journaux peuvent ainsi tirer profit des « retours qualitatifs » que génèrent les relations presse-école. L’éducation aux médias est une réalité et une chance.