Pratiques culturelles, jeunes générations et Internet

Une étude du ministère de la culture s’intéresse aux liaisons entre pratiques culturelles et pratiques numériques. Le BIPE (société d’études économiques et de conseil en stratégie) s’en inspire et se livre au jeu de la prospective.

Les modes de vie et de consommation sont transformés par Internet et le haut débit. Le taux d’équipement est en hausse constante – les ventes mondiales de PC ont augmenté de 13,1% au cours du quatrième trimestre de 2007 (Reuters) –. Conséquence, les pratiques culturelles sont désormais impossibles à appréhender classées en domaines, comme on le faisait jusqu’ici.
La culture numérique imbrique tout, les textes, les images (fixes ou animées), la musique. De même le clivage en amateur et professionnel devient de plus en plus floue.
La cohérence des activités est remise en cause par le lieu de pratique et/ou le support physique. L’équation simple qui liait un support ou un média à un lieu est complètement obsolète.
« Pratiques culturelles et usages d’Internet » , une étude du ministère de la culture propose une analyse des liens qui se tissent entre les anciens et les nouveaux modes d’accès à l’art et à la culture. Elle compare l’usage d’Internet et le taux de pratiques culturelles et en ressort les constats suivants :

  • Pour la lecture de livres ou la pratique en amateur d’activités artistiques : « {le fait d’être non pratiquant est fortement associé au fait de ne jamais avoir eu de contact avec Internet, mais l’intensité de la pratique a peu d’influence} » ;
  • En ce qui concerne la fréquentation des équipements culturels : « La proportion d’internautes augmente régulièrement avec le rythme de pratique tant dans le cas des théâtres, des concerts que des musées ou des expositions.  Paradoxe, bien que lié à domicile, Internet apparaît plutôt lié à la « culture de sortie », pratiquée volontiers par les jeunes diplômés. » ;
  • Par contre, pour la radio et la télévision, la population d’internautes décroît au fur et à mesure que le temps passé devant le petit écran augmente.
Un univers culturel lié au numérique

Il est pourtant difficile de définir précisément le lien entre pratiques culturelles et intérêt pour Internet. L’usage d’Internet peut être conséquence d’un intérêt pour la culture, comme il peut être à l’origine de son renforcement. On peut pourtant affirmer qu’un des premiers facteurs favorisant l’accès à l’Internet est lié à l’âge. 62 % des 15-24 ans disposent d’Internet à domicile, contre 53 % pour les 25-34 ans.
Les jeunes générations se sont massivement emparées de ce nouveau moyen avant d’atteindre l’âge adulte. Elles sont très intéressées par la communication interpersonnelle : messageries instantanées, chats et forums, les jeux, la musique et les films.
Un tableau des usages permet de comparer le comportement des internautes de 15 à 24 ans à ceux de la tranche d’âge supérieure. Les écarts les plus importants concernent la participation aux chats et aux forums (38 % contre 17 %), le jeu et le téléchargement de jeu (41 contre 23 %).

Un peu de prospective

Quant à savoir ce qui manquerait si on privait d’Internet les jeunes  38 % des 15 -24 ans répondent la communication, 15 % la recherche d’informations et 14 % la culture (musique photo vidéo…)
L’étude conclut sur une interrogation sur les comportements futurs des générations qui construisent leur univers culturel à partir de l’univers numérique.
C’est justement à cette question que la lettre d’octobre 2007 du BIPE intitulée « D’ici 2020, les nouvelles générations vont bouleverser les pratiques culturelles » tente de répondre. Les auteurs font de la prospective à partir des enquêtes récurrentes du ministère de la culture. Elles ont permis de constater que : « Nos habitudes culturelles et notre fréquentation des équipements culturels sont en grande partie déterminées par l’offre culturelle existante et par les innovations qui marquent notre jeunesse ».
S’explique ainsi la « montée en puissance de l’audiovisuel face à l’écrit, transition qui s’est effectuée sur trente ans ».
Les auteurs de l’étude s’appuient sur une typologie des pratiques culturelles et, pour chacune d’elles, pronostiquent  une évolution. Pour eux, le déclin de la culture imprimée, sensible à chaque génération est à nuancer. Le développement d’une nouvelle offre écrite (sur Internet notamment), plus adaptée « aux attentes des jeunes générations », peut le ralentir.
Au-delà, la conclusion affirme que la culture numérique « est un vecteur de profonde mutation des comportements culturels : détachement du support physique, esprit de gratuité, nouvelles exigences de personnalisation des contenu culturels ».
Pour en savoir plus : voir  l’étude du Credoc « La diffusion des technologies de l’information dans la société française », les études du ministère de la culture  (culture.gouv.fr rubrique « recherche, études statistiques »),  sur le site de l’injep, L’Internet juvénile : forte intensité et diversité des usages.